mercredi 31 mai 2017

Histoire de guide touristique en Amazonie.

« En voyage guidé avec un groupe de touristes, j’apprends par un amigo quichua que sur une île se célèbre un mariage mixte Huaorani / Quichua. Les Huaoranis constituent une ethnie guerrière particulièrement susceptible, sur la défensive, alors que les quichuas se caractérisent par le nombre de leurs chamanes.
Le mariage se déroule en territoire huaorani et le discours des représentants
insiste sur les qualités de la jeune fille à marier,
menace les quichuas  au cas où la demoiselle viendrait à être ensorcelée par les chamanes
et en particulier par l’oncle du marié déjà à moitié saoul et mis à l’abri par les siens car recherché par les Huaoranis.
Ceux-ci vantent le repas qu’ils offrent, fruit de leur chasse, insistant sur leur générosité.
Ils mettent en garde les invités, si mécontents de la fête ils repartent avec leurs présents comme cela se pratique dans ces cas là. »
Notre guide regarde les morceaux de viande servis, reconnaît un bras, puis dans l’assiette d’un touriste, le crâne d’un singe.
A sa question :
« quel goût a la viande de singe ?
On lui répond « le goût de la viande humaine. »
La tension monte avec l’alcool, les yeux des indiens deviennent concupiscents vis à vis des touristes femmes et ils ont quelques gestes pour les retenir.
José, notre guide, est de moins en moins à l’aise et presse ses clients qui ne s’aperçoivent de rien, à décamper, prétextant un petit tour sur l’île. Ce n’est qu’à ce moment qu’il informe son groupe de la situation en traduisant ce qui s’est passé.

mardi 30 mai 2017

L’étrange. Jérôme Ruillier.

L’étrange c’est l’étranger comme chez Prévert :
Etranges étrangers :
« Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
Hommes de pays loin
Cobayes des colonies
Doux petits musiciens
Soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
Brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
Ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
Au beau milieu des rues »
Mais la poésie a disparu, et l’humanité. Par désir d’universalité, ni lieux, ni protagonistes ne sont nommés : sous des apparences animales, les personnages aux regards vides se croisent et aucun des récits écrits au crayon d’une écriture soignée qui composent cet ouvrage ne sourit.
Le sans papier :
« Il pensait qu’il avait fait le plus dur, qu’il avait réussi.
En réalité, c’est une autre vie qui commençait, mais pas celle dont il avait rêvé. »
Les 150 pages anguleuses dessinées sèchement sur fond de craie en couleur sont éditées sous le patronage d’Amnesty International.
Le dessinateur grenoblois remercie la section Réseau Education Sans Frontières de Voiron ; nous sommes en territoire connu, sans surprise, sans enjeu : passeurs, policiers et réseaux d’aide sont là, mais si une corneille apporte un point de vue  un  peu original, le clandestin accablé de bout en bout de l’histoire reste à distance.
La référence à « Maus » de Spiegelman par quelques critiques est  pour moi gênante : le destin des juifs déportés et exterminés par les nazis  fut d’un autre ordre et l’anthropomorphisme froid de cet album est bien sommaire. 

lundi 29 mai 2017

Rodin. Jacques Doillon.

De magnifiques plans sculptent la lumière quand le maître avec sa blouse ample pétrit la glaise grise parmi ses blanches ébauches en plâtre. Le réalisateur n’hésite pas à suivre Auguste Rodin dans son atelier pour signifier que sa vie fut consacrée au travail, alors que tant d’autres composant des biopics s’appliquent à ne surtout pas montrer le peintre au chevalet, ni l’écrivain à sa table, pas plus que l’instit à ses corrections.
Le Rodin reste rarement de bois et pétrit volontiers les chairs féminines magnifiées par les caméras de l’auteur de l’an 01. Camille Claudel qu’il admirait, qu’il a aimée, qui l'a quitté avait eu les honneurs du cinéma. Ici un aperçu nous est donné de l’originalité du créateur de « la porte de l’enfer » autour de son audacieux « Balzac ».
Bien qu’il soit habité par son rôle, Lindon parle dans sa barbe et la limpidité du film en souffre. Par ailleurs Izia Higelin en Camille, m’a semblée tellement pleine de vie qu’il est difficile de pressentir la tragique conclusion de son existence. 
Sur ce blog, un article a été consacré à l’artiste dont il est beaucoup question en ce moment, puisque c’est le centenaire de sa disparition
« L'art, c'est la plus sublime mission de l'homme, puisque c'est l'exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre. »

dimanche 28 mai 2017

Cannes cinéphile 2017.

Quelques mots à propos des 27 films vus pendant dix jours à Cannes (dans la salle Alexandre III) et à la Bocca (à La Licorne & Studio 13) comme je m’y essaye chaque année http://blog-de-guy.blogspot.fr/2016/05/cannes-cinephile-2016.html, avant des commentaires plus développés chaque lundi sur ce blog au fur et à mesure de leur programmation sur les écrans grenoblois.
Je choisirai cette fois une présentation par sélections pour quelques histoires tournées au Congo, au Chili, en Bulgarie, dans le Dakota, en Serbie, en Espagne… ou en France quand le Forez peut sembler aussi lointain que la province chinoise du Shandong, en Italie où la virginité peut avoir autant de prix qu’à Téhéran.
De la sélection officielle je n’ai suivi la file d’attente que pour « Vers La lumière » : riche réflexion poétique à travers la liaison d’une belle audio descriptrice et d’un photographe en train de perdre la vue, de Naomi Kawase qui avait réjoui tant de spectateurs l’an dernier avec « Les délices de Tokyo ».
Les séances spéciales ont réservé une belle surprise avec « Carré 35 »: la démarche intime d’Eric Caravaca dévoilant un secret de famille, a concerné chacun par l’habileté du montage, sa bienveillance, efficace et touchante.
Par contre « Claire’s camera » avec Isabelle Huppert en touriste dans Cannes pour un film entre amis, laisse indifférent, comme le souvenir d’un amourette furtive de Claude Lanzman où la Corée du Nord n’est qu’un décor dans « Napalm ».
« The ride » qui suit de jeunes Sioux lors d’une chevauchée commémorative en direction de Wounded Knee est un documentaire intéressant.
« Un certain regard » décerne chaque année la caméra d’or. L’heure et demie consacrée à la chanteuse « Barbara » m’avait ému dans un premier temps, car rien qu’à entendre la voix de « la longue dame brune » je suis  transpercé. Et puis à confronter le film d’Amalric à tant d’autres productions bien plus inventives qui ne font pas les couv’ de Télérama, j’ai perdu mon enthousiasme initial : l’auto dérision ne fait que renforcer le nombrilisme quand le n’importe nawak l’emporte.
Par contre « Western »  qui reprend tous les codes des films mythiques à l’ouest du Rio Grande avec des ouvriers allemands en Bulgarie est passionnant et ce morceau distrayant d’anthropologie, original et chaleureux, enrichit une réflexion sur notre condition d’Européen.
La quinzaine des réalisateurs, née après 68, avait repéré une histoire d’amour entre une jeunette de 18 ans sous la surveillance d’une mère très pieuse et un jeune gardien de parking situé à proximité d’un camp de Roms, mais l’empilement des sujets à traiter perturbe la grâce de l’idylle de ces « Coeurs purs ».
« L’intruse », autre film italien, redonne confiance en accompagnant une inflexible travailleuse sociale en butte à la mafia pénétrant jusque dans l’institution qu’elle dirige.
Ce n’est encore pas avec «  Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc »  que j’accèderai à Bruno Dumont, bien qu’il y ait du Péguy au menu.  
Le sourire de Juliette Binoche est appétissant, mais le film «  Un beau soleil intérieur » que Claire Denis lui consacre m’a semblé bien vain. Il n’arrive pas au garrot de « The rider » de Chloé Zhao qui nous avait épaté avec  « Les Chansons que mes frères m'ont apprises » après immersion dans une réserve indienne. Cette fois dans l’intense milieu du rodéo, il convient de bien s’accrocher !
Deux des quatre films des « Talents en court » valaient le coup : l’un traitant de la bigamie depuis le point de vue d’une enfant et l’autre d’un casting au collège nommé « Chasse royale » à Valenciennes. Celui-ci aurait mérité des sous titres tellement la langue comme les conditions de vie de l’adolescente butée sont violemment étrangères à nos conditions festivalières. Il a empoché le prix du court métrage.
Figurant dans « La semaine de la critique », c’est à « Makala » d’Emmanuel Gras à qui j’aurai attribué la coupe en or remplie de vin de palme pour son beau conte élémentaire, essentiel, vrai, dans les pas laborieux d’un charbonnier portant sa patiente production de charbon de bois au marché de Kinshasa. Pourquoi le réalisateur de Bovines http://blog-de-guy.blogspot.fr/2012/04/bovines-emmanuel-gras.html  n’est pas adoubé par les sélectionneurs ?
« Gabriel et la montagne » est également fort : le périple en Afrique de l’Est d’un jeune brésilien s’est terminé tragiquement, son ami réalisateur en a reconstitué l’histoire.
Dans « Los perros » (les chiens) un ancien responsable de crimes sous Pinochet fascine une femme désœuvrée de la bourgeoisie chilienne.    
« Téhéran Tabou » réalisé par Ali Soozandehun, redessine toutes les images en rotoscopie pour dénoncer l’hypocrisie d’une société où règnent corruption, prostitution, drogue …
L’Association du Cinéma indépendant pour sa Diffusion (Acid) fréquentée assidûment, nous étonne, nous bouleverse, souvent. Un grand cru cette année.
Laurent Poitrenaux est irrésistible dans «  Le ciel étoilé au dessus de ma tête » et transmet sa géniale dinguerie lors de la confrontation avec sa famille juive voulant le remettre  dans les rails.
« Coby » : Suzanna devenue un garçon est filmé par son demi frère.
Dans « Last laugth », le dernier tour chez ses enfants d’une vieille dame promise à l’hospice est riche, pas manichéen, malgré la violence de certaines scènes.
Et la vieillesse, la solitude de « Sans adieu » dans les fermes du Forez sont bouleversantes.
La dépression d’une femme tout au long du « Requiem pour madame J. » pourra-t-elle se dissoudre grâce à l’énergie des jeunes de sa famille ?
« La Madre » est le seul film vu concourant pour Ecrans juniors, il est parfaitement adapté à ce public : un môme de 14 ans est le seul à tenir la route dans une famille espagnole perdue.
Le cinéma des antipodes propose des films qui ne sont que trop rarement distribués en France.
Si « Goldstone » et son inspecteur de police aborigène, n’est pas inoubliable, « Joe Cinque’s consolation » frappe les esprits, car écrit d’après un fait divers réel où une jeune femme avait empoisonné son amoureux suite à un repas dont les convives avaient été avertis de l’issue fatale.
« Target fascination » n’est pas moins dérangeant, en mettant en présence le coupable d’un viol et d’un assassinat et la mère de sa victime.
«  The great maiden’s blusch » rapproche deux femmes de condition différentes qui viennent d’accoucher, sans les pères, de leurs premiers enfants.
Le problème des familles mono parentales souvent traité dans les films vus cette année est universel, comme les recherches d’identités où la dimension religieuse apparaît plus volontiers que jadis. Le capharnaüm règne dans plusieurs maisons, est-ce celui d’un monde fatigué qui se cache sous des tas d’objets ?  A essayer d’apercevoir parmi tous ces films les traits saillants de l'époque, il est plus facile de compter les chevaux mis en vedettes que de caractériser les nombreux  personnages fascinés par des individus toxiques. Cependant les chansons figurent toujours aussi souvent parmi les moments de réconciliation.
« Que c'est abominable d'avoir pour ennemis
Les rires de l'enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles ! »
Barbara.


lundi 15 mai 2017

L’effet aquatique. Solveig Anspach.

La personnalité affirmée d’une maîtresse femme, maître nageuse à Montreuil ne laisse pas de glace le grutier qui l’a aperçue dans toute l’expression de son caractère bien trempé. 
Il l’approche prudemment en se faisant passer pour un débutant ayant besoin de leçons de natation. 
Des séquences drôles comme celle où une femme le drague en empruntant tous les codes de la séduction attribués généralement aux hommes lourds, enrichissent un film qui nous transporte en Islande et ses eaux chaudes. 
Les rebondissements de la rencontre amoureuse sont alourdis de digressions qui font perdre du rythme à cette féministe comédie où les acteurs se régalent, et nous avec.
«  Les petits hommes peuvent accomplir de grandes choses, surtout si c’est une femme »
......................
Je reprends les publications sur ce blog  lundi 29 mai, après une parenthèse enchantée au festival de Cannes où une nouvelle saison de cinéma se prépare.

dimanche 14 mai 2017

Tribus. Nina Raine. Mélanie Leray.

Pièce d’1h 45 à propos de la surdité, qu’il serait réducteur de caractériser uniquement ainsi, tant la problématique autour de ce handicap sort des autoroutes apitoyées. Ceux qui n’entendent pas, essayent de se faire entendre par ceux qui ont des oreilles, mais qui n’écoutent pas, alors que tous ont, avec leurs intelligences tellement affûtées, les outils pour comprendre.
Le benjamin sourd à qui ne convenait pas le langage des signes et qui communiquait en lisant sur les lèvres, va se mettre à « signer », parler en langage des sourds, après avoir rencontré une jeune femme dont l’amour va le transformer, l’actrice est lumineuse.   
Pièce violente, avec des personnages touchants  parfaitement interprétés et une utilisation de la vidéo qui a dépassé l’époque de l’alibi décoratif, en apportant une dimension supplémentaire à l’exploration dynamique du sujet éternel de l’incommunicabilité et des langages.
Comédie dramatique : nous rions des vacheries que s’envoient les mâles d’une famille de peur d’entrevoir que la vérité assaisonnée d’humour à toute heure peut être destructrice.
Et nous sommes traversés d’émotion lorsqu’une jeune fille condamnée à une surdité prochaine se met au piano.
« Tribu » comme se vit cette famille repliée sur elle-même, où toute empathie semble un crime contre l’intelligence, qui souffre et jouit de ses proximités prolongées : les enfants trentenaires vivent chez papa maman, dans le bruit et la fureur.
Est évoquée aussi la communauté très hiérarchisée des sourds, d’où le pluriel du titre.
J’ai hésité à écrire « tribut » avec un « t » comme celui qui est payé de tant de renoncements, de silences, de susceptibilités, au nom de la vérité, non celle des religions, mais de celle qui crucifie ses enfants sous sa lumière verticale, jour et nuit.   

samedi 13 mai 2017

Sélection officielle. Thierry Frémaux.

J’ai pensé ne pas aller jusqu’au bout de ce pavé de 660 pages, mais quelques blagounettes m’ont retenu, à défaut d’entrer dans une réflexion approfondie sur le cinéma d’aujourd’hui qu’on aurait pu attendre de ce journal de la préparation du 69° festival de Cannes de 2016.
Rosi a qui on demande le projet qui lui tiendrait le plus à cœur a répondu :
     « Réaliser une adaptation de Richard III.
       Impossible, lui répliqua-t-on. Le film ne marchera pas.
       Pourquoi ?
       Le public américain n’ira jamais voir Richard III car il pensera avoir raté les deux premiers. »
Et l’inévitable Woody Allen qui dit à une femme qui le félicite de si bien faire l’amour :
«  Je me suis beaucoup entraîné tout seul »
J’ai goûté les séjours du lyonnais directeur de l’Institut Lumière de Lyon, délégué général du Festival de Cannes, du côté de Tullins, parce que je suis du coin, sa passion pour le football qui m’est familière et le rend moins assommant sous la cascade permanente des patrnymes de tous ceux qui travaillent pour le cinéma. Chaque chapitre ressemble à la liste des remerciements lors de la cérémonie des Césars. Mais ce cinéphile impressionnant n’est pas un écrivain. Il n’y avait pas besoin de tant de pages pour raconter par le menu ses trajets en vélo, en TGV, en avion, les grands hôtels et nommer toutes les personnes considérables qu’il rencontre, tout en restant si simple.
« J’ai le temps de rejoindre Sean Penn chez Tétou, pour un petit dîner organisé par Bryan  Lourd, le grand patron de CAA, qui est aussi son agent et ami. Sean vient d’arriver. Je suis très heureux de le revoir, je l’ai juste croisé à Paris fin avril, quand Luc Besson lui avait offert l’hospitalité - c’était le jour de la mort de Prince. Je le sens un peu fébrile, ce qui est normal. »
Ce n’est pas inintéressant de percevoir le travail en amont de la semaine en mai qui attire toutes les lumières mais ses propos concernant le cinéma sont rarement à la hauteur de la description de sa passion par exemple pour Bruce Springsteen.
Il met dans la bouche de Pierre Rissient, une personnalité du cinéma : 
« Tu sais qu’il y a de moins bon films qu’avant. Tu le sais ça ? Les gens calculent trop et à Hollywood, il y a trop d’intermédiaires, trop d’influences. Ils font des films pour les festivals ou pour les entrées. Ils ne décident plus de simplement « faire des films »… »  Et là on ne saura pas ce qu‘il en pense étant dans une position où il se doit d’être consensuel. J’ai eu la même impression en lisant ce livre que lorsqu’on va chercher des prospectus sur beau papier dans le hall des hôtels avant que ne commence le bal des aspirants à la palme, et qui finissent plus rapidement dans l’oubli que des conversations enflammées  avec nos voisins des sièges défoncés de La Boca, si loin, si proche, de la Croisette.Et c'est bientôt!

vendredi 12 mai 2017

Le grand chambardement.

Nous vivons des temps passionnants. Au bout d’un trajet fulgurant, depuis une société sur ses gardes, notre vieux pays ronchon permet à un jeune président de présenter au monde une France utile à l’Europe.
Le mot du dimanche : « ouf ! » ne tient pas jusqu’au mardi, alors la livraison du vendredi s’alourdit pour le bloggeur sexavéner.  
Qui n’a pas entendu que le vote qui vient d’avoir lieu séparait la France urbaine de ses périphéries ? Les réflexes de classe se sont inversés : les pauvres gros ont choisi leurs guides parmi les plus féroces envers eux, alors que les riches remis en forme savent bien quel est le défenseur de leurs privilèges. La caricature inversée est toujours une caricature. Les Oui Oui étaient finalement plus nombreux que les Non Non.
Si nous, frenchies, nous nous plaisons à déprécier notre pays, nous aimons bien nous juger sophistiqués dans le débat politique, bien que des arguments sommaires assommants apparaissent chez des intellectuels avec Onfray côtoyant Ruffin : haïe haïe haïe !
« Si vous élisez ces trois-là, vous allez cracher du sang » Mélenchon.
Je me gausse alors de voir le rose qui montait aux joues de ses abstentionnistes devenus timides comme des violettes, eux qui avaient goûté ce sang dans quelque discours lillois. Tout ça c’est cinoche et hologramme, Hugo revu par la com’, tellement appuyé que bien de leurs avis deviennent inaudibles.   
Avec de tels effets de tribune, JLM reprend, amplifie les anathèmes anciens de chez Stal’ quand les vipères étaient lubriques et voilà le PC réduit à sa portion municipale.
Il joue sur les mêmes ressorts agressifs que celle dont il se dit l’opposé, mais à laquelle il dispute un électorat aux façons viriles. Cette violence qui a vu bien des amis se fâcher, des familles se froisser, puise aussi dans les frustrations de ceux pour qui tout est un dû et dont tous les problèmes viennent de la société, des autres : étranger ou banquier. Des réflexes d’enfants gâtés au nom de ceux qui n’ont pas été gâtés par la vie.
Les rois du billard à trois bandes et ceux qui sont partis en débandade entre deux tours ont répété que le FN était le produit sécrété par le « système » affectant de s’y opposer pour mieux rester au pouvoir et poursuivre ses noirs desseins. Ce sont surtout ceux qui ont refusé de donner leur voix dimanche dernier qui donnent de la voix pour interpréter les votes des autres.
Parmi les responsables de la dédiabolisation du FN, se trouvent ceux qui ont mis le signe égal entre Macron et La Pen. Heureusement celle-ci s’est appliquée à amplifier une trouille générale face aux risques de son « irrésistible » ascension.
Tous participent au « Système » depuis les dévots suivant leur anciennement plus jeune sénateur, jusqu'aux cagoulés passant leurs nuits à courir devant les Compagnies Républicaines de Sécurité, alliés des plus efficaces de ceux qui  de tous côtés, font commerce des peurs et des haines.
Pour avoir eu pourtant l’occasion de faire connaissance de quelques turpitudes humaines, je ne peux me résoudre à voir derrière tout politique qui émerge, un cynique, et derrière toute action des intentions perverses. Oui il y a eu un « frondeur frondé » et si le sous-commandant Indignados a ménagé ses effets- pervers- les excès de vocabulaire guerrier, les excommunications lancées par ses zélateurs éloignent les modérés. De la même façon que Macron fut une cible privilégiée sur la toile, c'est bien parce qu'il a posé aussi de bonnes questions que JLM est le premier à agacer, ses excès ayant compromis ses succès.
Oui « résister » est héroïque, contre la démagogie, les conservatismes, les injustices. Mais en ce qui me concerne, le mot « Résistance » a trop de prestige, ne s’appliquant qu’à une poignée de personnes qui se sont opposés au nazisme. Ils n’avaient pas besoin de « se la jouer », ils agissaient. Une fois encore, à trop employer les grands mots, on les amoindrit au détriment de ceux à qui fut attribué le titre pour leur courage, eux n’ont pas eu besoin de se décorer d’un pins’ au revers de leur veste.
Nous avons bien du mal, le nez collé aux écrans, à mesurer les convulsions d’un vieux monde que beaucoup souhaitaient néanmoins. L’image est floue. Ce qui se déroule n’affecte pas seulement les autres partis mais chacun de nous : plus que jamais les positions intangibles sont démenties dès le lendemain, les certitudes sont mises à bas. 
« La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute » Pierre Desproges.
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Les illustrations sont extraites de "Courrier International"

jeudi 11 mai 2017

Amour et haine dans la bible. Pierre-Emmanuel Guibal.

A travers quatre tableaux majeurs de l’histoire de la peinture, le théologien protestant a développé le thème de la dualité haine/amour omniprésente dans la bible. Il cite la philosophe suisse Litha Basset plaçant le précepte « aimer son prochain » face à ceux qui sont « fermés à l’amour », voire habités par la haine.
Adam et Ève au paradis ou Le Péché originel, a été intitulé également « La chute » dans une des trente versions donnée par l’ami de Luther, Lucas Cranach (l'Ancien) en 1533. De quoi relativiser les interprétations : il n’y a pas toujours trois pommes comme dans la trinité et le regard du serpent n’est pas forcément à la hauteur des yeux d’Adam, pour disculper la femme d’avoir fait chuter l’humanité. Le tableau qui réunissait notre papa et notre maman à tous était meilleur marché que deux panneaux séparés. Le serpent n’est pas uniquement la représentation du mal : rusé et puissant, donnant la mort et guérisseur (caducée), il peut être la représentation du Saint Esprit alors que le lion puissant et bon symbolise le père et le cerf l’animal pur : le fils. Le serpent d’airain de Moïse immunisait des morsures des serpents du désert. Eve est encore sur l’herbe, les pieds d’Adam se posent sur les cailloux qui l’attendent.
« Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures. »
Dieu les a puni mais leur donna une seconde peau pour qu’ils s’habillent : une seconde chance.
Ils eurent deux fils : « Caïn et Abel», le cultivateur tua Abel le berger. Le Titien en a fourni une présentation puissante, en contre plongée. La ténèbre - oui l’expression existe et attire l’œil -  où Dieu n’est plus, affronte la lumière.
« L`Éternel dit à Caïn : Où est ton frère Abel ?
Il répondit : Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon frère ? »
Mais magnanime, après le premier meurtre de l’humanité, Dieu va mettre un signe sur Caïn pour qu’il ne soit pas tué : l’homme peut changer.
Ainsi « la malice de l'homme était grande sur la terre, toute l'imagination des pensées de son coeur n'était que mauvaise en tout temps. Et l'Éternel se repentit d'avoir fait l'homme » 
Il déclencha le déluge. Dieu épargna Noé (« le repos de Dieu »).
« Noé lâche la colombe par la fenêtre de l'arche » (Genèse, VIII, 6-9)  de Marc Chagall. Il  avait d’abord envoyé un corbeau, puis une première colombe revenue sans rien et ce n’est qu’une semaine après une nouvelle tentative, qu’elle ramena un rameau d’olivier.
Le  même mot « arche » désigne la corbeille qui a sauvé Moïse des eaux et aussi ce lieu protecteur qui a permis finalement l’alliance de Dieu et de la famille des êtres vivants symbolisée par l’arc en ciel. La vie est là : un enfant est au sein et le coq qui l’accompagne annoncera le jour nouveau. Le vieillard de six cents ans recommencera alors à repeupler la terre.
Son petit fils, Nemrod, voulut installer une ville en Irak, à l’est d’Eden, avec une grande tour pour « se faire un nom ». Comme les demi-dieux grecs pris par l’hubris, cela tourna à la tragédie.
« La Tour de Babel » de Pieter Brueghel l'Ancien http://blog-de-guy.blogspot.fr/2016/05/la-tour-de-babel-gilbert-croue.html est construite sur le modèle des ziggourats  d’où les prêtres voyaient Dieu de plus près. Les hommes s’affairent, asservis à leur travail, la technique domine, et le souverain menace des hommes, Philippe II d’Espagne soumettait alors le peuple flamand.
Babel signifiait « la porte de Dieu », Babylone « la porte de la dispersion ».
Depuis la chute de la tour, «  l'homme est appelé à vivre partout, à se rencontrer, à vivre ses différences. »
Dans ce qui est détruit, il y a de la place pour construire, même s’il reste des questions
-        Pourquoi Adam a un nombril ?
-        Ne serait-il pas temps de réhabiliter Judas, si Dieu lui a pardonné ? 

mercredi 10 mai 2017

Equateur J 19. Puerto Lopez. Olon. Guayaquil.

Nous ne quittons Puerto Lopez qu’à 10h.
L’un s’accorde un jogging pieds nus sur la plage, un autre une promenade et sa gym face à l'océan, alors que des occasions de photographier les pêcheurs sont perdues, ceux -ci profitent du repos dominical.

Nous nous retrouvons tous pour le petit déjeuner à notre place favorite, derrière les vitres face au Pacifique.
Nous faisons une dernière petite balade, quelques achats, à pieds puis en voiture lorsque nous nous arrêtons dans une chocolaterie.
Il est encore tôt pour manger lorsque nous atteignons Ayangue où nous avions déjeuné jeudi.
José notre guide connaît un autre endroit qui nous conviendrait à Olon. Il ne s’est pas trompé.
Une immense plage avec des vagues mousseuses d’écume à marée basse s’étend à perte de vue. Sous des parasols colorés se lovent des chaises longues pour 5 $ l’heure.
Les plus jeunes ne résistent pas à l’attrait d’un bain avec possibilité de se doucher, tandis que Guy et moi préférons marcher sur la plage, à photographier, ramasser des coquillages. Nous croisons des cavaliers, montés sur des chevaux dociles et d’autres rétifs.
Le temps malheureusement reste gris mais cela n’empêchera pas quelques rougeurs aux baigneurs à la peau claire.
L’air marin nous a creusé l’appétit, nous avons programmé de nous offrir ce dernier jour de voyage, le luxe d’une langouste au bord de la mer.
Pour patienter lors de leur préparation à la plancha, nous négocions des bracelets et porte-clefs que les petits marchands ambulants trimballent sur des présentoirs en bois. L’un d’entre eux fait l’attraction, affublé de fausses fesses extrêmement proéminentes, d’une perruque à petites tresses, et d’un rouge à lèvres bien vif et pratiquant une danse dans une exubérance bruyante et démonstrative. Il lui faut bien ça pour placer ses pauvres petits paquets de bonbons.
Nous apprécions enfin nos langoustes coupées en deux que nous attaquons à coups de marteau pour les pinces. Nous achetons cônes ou esquimaux comme dessert.
Il est temps de repartir. Avec la digestion nous nous assoupissons à peu près tous, hormis J. et  le chauffeur. Mais je me réveille assez vite pour profiter des paysages que je n’avais pas vus à l’aller, pour la même raison. Je comprends mieux la comparaison avec la savane, les baobabs et les forêts de cactus. Le soleil a enfin daigné sortir des nuages et nous offrir de jolis éclairages sur fond de ciel bleu ou gris. Nous arrivons à Guayaquil vers 18h, sans rencontrer beaucoup de circulation en ce jour de semaine. Nous réinvestissons le « 64 », l’hôtel barricadé sans enseigne extérieure si ce n’est le dessin d’une maison avec le nombre 64 dessiné à l’intérieur. Nous n’avons pas les mêmes chambres mais nous apprécions la clim’ pour supporter la moiteur chaude. Nous nous réunissons pour régler les affaires de pourboires, remplir le questionnaire de satisfaction. Nous sortons sans notre nounou pour dîner. Nous avons le choix entre chinois ou pizza. Ce sera Pizza Fugacia familiale bien garnie sans comparaison avec Pizza Hut. Le service est d’ailleurs très sympa et la mezzanine climatisée pour nous seuls. Nous rentrons vite à l’hôtel où la douche et le rangement nous attendent. Réveil prévu à 3h 30.

J 20 :
Guayaquil - Quito : départ : 5h 50 - arrivée : 7h 30
Quito – Panama : départ : 12h 39 - arrivée : 14h 20
Panama-Frankfurt : départ : 19h 30 - arrivée mardi 6h 15 (3h15, h locale)
Frankfurt- Lyon : départ 23h 50 - (16h 50, h locale)
Le récit de notre voyage, entamé il y 6 mois, s'achève cette semaine. 
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2016/08/pourquoi-lequateur.htm
Merci à nos compagnons de route, à notre chauffeur et à nos guides, à notre agence Tamera.
Mercredi prochain : un récit d'après José notre guide puis Quito en BD et d'autres villes à travers les arts.

mardi 9 mai 2017

La théorie de la contorsion. Margaux Motin.

Ce titre pour dire que la dessinatrice qui met sa vie en planches, ne veut pas être casée dans une boîte avec une étiquette : la fille, la mère, la femme, qu’on ne peut qu’aimer, tant elle est légère et court vêtue, élégamment dessinée.
Elle récidive et tout lui est pardonné parce que comme Dutronc dont elle a la décontraction : « J’aime les filles ».
Ah ! L’auto dérision pour sa play list qui cultive ses chagrins d’amour de 10 à 30 ans,
la tendresse et l’inventivité pour raconter des histoires à sa fille et s’en raconter,
ses plaisirs avec un verre de vin, une robe, le sommeil, les gros mots, bord de mer et baignoire, sa complaisance avec ses faiblesses…
« Papaaaaa !!! Ya maman qui dit qu’on doit pas dire à Yaya qu’elle a versé toute la confiturûûûre sur la taaaableuh !!! Et en plus elle a dit : « putain »

lundi 8 mai 2017

Emily Dickinson: A Quiet Passion.Terence Davies.

Je pensais échapper aux tumultes de l’époque en allant voir un film en costumes qui évoque la vie d’une poétesse américaine du XIX°. Mais les rigueurs religieuses et l’aliénation des femmes qui s’en suit, ramènent sous d’autres étiquettes à notre XXI°.
Les lumières sont magnifiques et chaque plan est un tableau, ce qui ne contribue pas à insuffler de la vie dont il est pourtant beaucoup question dans de sentencieuses formules et dans des dialogues guindés, alors que celle-ci n’a pas pénétré franchement ces intérieurs photogéniques.
La jeune fille s’oppose à l’institution religieuse avec force dans une entrée en matière vigoureuse. 
La famille où elle revient a beau être bienveillante et tolérante, son franc parler bien ciselé reste assez compassé et le sacrifice de sa vie à la littérature manque de flamme. 
Ces deux heures peuvent se résumer à : histoire d’une vieille fille qui échappe à l’enfermement dans les rites de la foi pour s'enfermer corps et âme entre les quatre murs de sa chambre.
« On ne sait jamais qu'on part - quand on part -
On plaisante, on ferme la porte
Le destin qui suit derrière nous la verrouille
Et jamais plus on n'aborde. »     
Neurasthéniques s’abstenir.
...................
 Ouf!

dimanche 7 mai 2017

Ludwig, un roi sur la lune. Madeleine Loarn.

Louis II de Bavière devenu fou après avoir dû abandonner le pouvoir, est mort tragiquement en 1886. Frédéric Voissier, docteur en philosophie politique, reprend des extraits du journal intime de celui qui a inspiré les romantiques allemands pour le faire jouer par des handicapés mentaux avec lesquels Madeleine Louarn travaille en Bretagne depuis des années.
Pendant une heure trente, nous nous raccrochons à des références culturelles pour baliser la frontière mouvante qui sépare raison et folie. Quand le jeune Ludwig danse avec un gros ballon  comme si c’était la lune de Nemo, cette scène peut évoquer aussi les jeux de pouvoir comme Chaplin dans « Le dictateur ». Nous pouvons voir aussi des tableaux de Goya ou des images d’ « Orange mécanique », et inévitablement penser à l’art brut qui retrouve souvent nos désirs enfouis d’abandon d’un monde raisonnable.
Quand je prenais connaissance des documents qui évoquaient cette pièce, je ne pouvais m’empêcher de repenser au débat de l’entre deux tours que je ne qualifierai pas de présidentiel, car l’une s’en montra bien indigne. Par contre comme il est question de pouvoir et de folie : des rapports à la vérité si délirants, une telle violence ne pouvaient que résonner avec la proposition de ce soir à la MC 2. Le romantisme n’a pas toujours les cheveux dans le vent, il peut mûrir dans de noires forêts.
Les aspects biographiques du mécène de Wagner, homosexuel contrarié, bâtisseur de châteaux en Bavière, suivent un fil poétique aux belles images, jusqu’à un cygne noir de manège où prend place le roi devenu vieux avec son épée de bois « partant comme un prince », pathétique, à la façon de Pascal Légitimus dans un sketch des Inconnus, en plus sombre mais aussi dérisoire.
Le travail maîtrisé avec les comédiens fragiles est magnifiquement accompagné par la musique de Rodolphe Burger qui a travaillé  faut dire avec Bashung et Higelin. La combinaison de théâtre, danse, musique est fluide. Le dispositif scénique avec des gradins en vis-à-vis ajoute à la perception de l’intensité du jeu des acteurs.
«  Il faut s’aventurer sur les glaciers. Plonger dans la terreur. »

samedi 6 mai 2017

XXI. Printemps 2017.

Le dossier principal (50 pages sur 200) concernant la Turquie s’intitule « Le mystère turc » qui  ne semble plus guère épais, tant le sujet est traité, ne serait ce que par le frère semestriel en photos : 6 mois, du présent trimestriel de référence.
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2017/04/6-mois-printemps-ete-2017.html
Mais la rencontre d’Emmanuel Carrère avec des partisans d’Erdogan est intéressante,
et la vie d’une religieuse syriaque gardant une église dont tous les fidèles ont fui est pathétique. 
Une marieuse dont le commerce s’exerce parmi les réfugiées syriennes achetées pour des maris polygames veufs ou célibataires a beau avoir un téléphone portable, c‘est bien d’esclavage dont il est question.
Le récit photographique concernant un orchestre classique, « El camino », qui recrute dans les quartiers difficiles de Pau est vivant, positif.
Il faut bien cette pause salutaire avant le récit du périple d'un « bateau sans nom » auprès des acteurs du sauvetage et des survivants d’un choc entre une « bétaillère des mers » partie de Libye et un porte conteneurs venu à sa rencontre.
Les restrictions aux libertés à Singapour visant un meilleur des mondes et remettant en cause les possibilités d’avoir des enfants en paraissent  bien relatives.
Le vieillissement des détenus (12% de la population carcérale) constitue un reportage utile qui met le doigt sur l’absurdité de certaines situations. Par la richesse de l'écriture des portraits de détenus  sont émouvants comme celui d’une directrice de prison dynamique, je dirai atypique, mais je suis alors dans les schémas : une humaniste en baskets rouges.
Martin Winckler, l’écrivain de « La maladie de Sachs » en est un autre d’humaniste. L’entretien avec lui, prend son temps comme chaque reportage - c’est ce qu’il y a de précieux dans cette publication – aborde des débats concernant la médecine et tout citoyen : la douleur, les IVG, les labos...
L’histoire d’un faussaire en vin rattrapé par un vigneron bourguignon se lit comme un polar et la loi du dénommé Bang, un escroc sanguinaire, en Amazonie comme un thriller incroyable.
La BD de Tronchet familier de la revue relatant son séjour dans l’île des Nattes au large de Madagascar explore la question : « Combien de temps un occidental urbain du XXI° siècle peut-il survivre sans smartphone, sans Internet et même sans électricité ? »  Nous faisons un tour du côté de nos fantasmes de paradis terrestre et aussi des rôles respectifs et pouvant permuter, d’un père avec son fils. 

vendredi 5 mai 2017

Le Postillon. Avril mai 2017.

Le vingt pages « satirique » et non « satyrique » comme l’écrit malencontreusement le bulletin municipal de Ferrari, le patron de la Métro qui a décidément le chic pour se placer au centre du viseur, sait bien souligner les fautes d’orthographe.
C’est alors que tout arrive : voilà que le bimestriel de la cuvette grenobloise parvient à porter sur lui-même un regard un peu modeste, voire à sourire de ses faiblesses … orthographiques relevées par une exigeante lectrice qui va jusqu’à pointer des espacements abusifs.
Sinon dans cette livraison : immersion de rédacteurs chez les partisans de Macron et témoignage d’un Insoumis local des pratiques autour de Mélenchon; vivant.
La période passée a été marquée par des incendies qui concernaient le CROUS. Le contexte sur le campus autour de Condillac et au village Olympique où se sont déroulé ces faits est bien relaté.
Toujours à l’affût des mots communicants qui font du raffut, ils épluchent le mot « transition »  venant après le déjà usé «  développement durable » en le confrontant à des pratiques contestables, entre autres dans le domaine du rapport aux promoteurs de la municipalité ou bien avec des trafics d’influences qui auraient tendance à se co-construire chez les start-up du vélo électrique par exemple. 
Les articles sont roboratifs sur le sujet, prolongés par une visite au salon des DIY (« Do It Yourself ») chez des artisans, comme on disait dans le temps, où les drones voisinent avec les fabricants de jouets en bois.
Cette fois le portrait chargé concerne Yannick Neuder chef de Pôle au CHU, maire de Saint Etienne de Saint Geoirs, vice président de la région Auvergne Rhône alpes… j’abrège : rien que l’énumération des ses casquettes tiendrait la moitié de l’article.
Un petit tour chez quelques marchands de journaux a des airs nostalgiques ; eux aussi mettent la clef sous la porte. Un écho de conflit social les amène cette fois à la Mutuelle de France des hospitaliers où l’un des chefs de la CGT se comportait comme le pire des patrons. Et quand ils vont voir de plus près la réalité des « investissements socialement responsables » du Crédit Coopératif tout n’est pas vraiment « éthique ».
«  C’est toujours plus facile de faire des saloperies quand on est supposément du côté du « bien ». Si la droite ou les socialistes avaient fermé trois bibliothèques de quartier à Grenoble, tous les amis d’Eric Piolle seraient montés au créneau. Si ce n’était Lénine qui avait mis en place les goulags, les communistes auraient trouvé ça « totalitaire » voire « fasciste » bien avant que l’URSS ne chute. Si un pauvre avait touché près d’un million d’Euros sans rien faire, François Fillon se serait insurgé contre cet « assisté »
Qui c’est François Fillon ?
…………………….
Le dessin de la semaine est tiré du journal belge « Le Soir » par « Courrier International ».

jeudi 4 mai 2017

Fêtes à Venise. Fabrice Conan.

Au XVII° et au XVIII° siècle « toute l’Europe » se retrouvait à Venise, entre deux carnavals qui ne duraient peut être pas six mois comme on le dit, mais dont les occasions de festoyer ne manquaient pas. « La terre » d’après Giorgio Fossati, Gerolamo et Antonio Mauri .  Le conférencier, devant les amis du musée de Grenoble, nous détaille cette liste des fêtes, célébrations, réjouissances, processions et régates…
« Le couronnement du Doge de Venise sur l'escalier des Géants » tel que le saisit Guardi permet de rappeler que le duc est élu par un conseil de 3000 personnes issues des familles patriciennes. Le choix se portant parfois sur une personne âgée pour éviter un règne trop long peut être contrarié par la nature. Si son pouvoir est modéré par les conseils, son influence est forte grâce à ses nominations.
Ses obligations religieuses l’amènent en « Procession à l’église de San Zaccaria, le jour de Pâques » mais il ne doit plus quitter la lagune.
Lorsque « Le Doge Alvise IV Mocenigo porté sur la place Saint-Marc » (musée de Grenoble), est présenté au peuple, la foule doit être repoussée car des sequins, pièces fraîchement frappées, seront lancés.
Depuis 1177, le mariage de la ville avec la mer est célébré le jour de l’Ascension. Toujours de Guardi « Le Bucentaure» : depuis l’embarcation de parade, un anneau d’or est jeté dans l’Adriatique. A l’arrivée de Napoléon Bonaparte, le bateau qui nécessitait 200 rameurs sera brûlé.
Sous le plafond de Véronèse, pour « L'audience accordée par le Doge de Venise dans la salle du Collège au palais Ducal de Venise », les habits de Carnaval sont admis. C’est l’époque où les ambassadeurs de Perse étaient bienvenus pour contrarier les turcs.
Sans remonter aux saturnales antiques, depuis lesquelles se bâtissent bien des légendes, une tradition née des luttes contre les villes voisines au XII°siècle mettait en jeu 12 cochons jetés depuis la tour Saint Marc et un boeuf sacrifié en souvenir d’un tribut payé après la capture d’un patriarche et ses 12 chanoines. D’autres divertissements cruels étaient de mise à la Chandeleur : courses de taureaux, jeux consistant à décrocher une oie vivante, voire écraser un chat à coups de tête.
Le carnaval ressuscité en 1945 conserve dans ses rites « Le vol de l’ange » Gabriele Bella. A l’origine un marin turc aurait rejoint le campanile sur un filin, mais la reproduction d’un tel exploit par les ouvriers les plus agiles de l’arsenal s’étant terminée tragiquement, une colombe en bois remplaça les acrobates et distribua depuis le ciel des friandises. Aujourd'hui, c’est l’heureuse élue parmi douze « Marie » qui doit s’élancer, en toute sécurité, au dessus de la foule compacte. La fête des Marie (pluriel de Maria) qui marque le début du Carnaval remonte au X° siècle, quand après l’enlèvement de 12 jeunes filles promises au mariage, elles furent retrouvées.
« Le Portrait de jeune femme au Carnaval de Venise » de Tiepolo serait celui de sa maîtresse ; c’est ainsi que classiquement on nomme les anonymes même quand elles ne sont pas aussi dissimulées. Le déguisement appelé la bauta (domino) comporte une cape noire, un tricorne et  un masque, la larva, qui laisse un espace pour boire et manger sans se démasquer. Ces éclatantes manifestations se déroulant sous l’illusion de l’anonymat ont pu attirer jusqu’à 30 000 prostituées.
Canaletto « Régates sur le grand Canal Grand Canal ». La fête du Rédempteur, en juillet, célèbre la fin d’une terrible épidémie de peste (1575) qui tua un tiers de la population. On accède ce jour là par un provisoire pont de bateaux à l'église de la Rédemption construite à cette époque. Les vénitiens du monde entier couvrent alors le grand canal de 3000 bateaux avant de somptueux feux d’artifices.
Ces siècles de fêtes étourdissantes, dont la munificence accompagne le déclin économique, sont riches dans le domaine culturel.
Pour la visite  du théâtre de La Fenice, « le phénix », brûlée à plusieurs reprises et reconstruite  « com'era e dov'era » (« comme il était et où il était »), il conviendrait que soient joués des airs de Monteverdi, père de l’opéra, d’Albinoni au célèbre adagio, de Vivaldi, le « prêtre roux », ou de Farinelli qui fut envoyé à la cour d’Espagne pour tenter de guérir le roi Philippe V de sa dépression.
C’est le temps aussi de Goldoni qui alla au-delà des improvisations de la comédia del arte en écrivant les répliques de ses pièces de théâtre.
« Pour mettre la raison sur la voie de la vérité, il faut commencer par la tromper ; les ténèbres ont nécessairement précédé la lumière » Casanova.
Le galant intrigant, incarcéré  pour avoir commercé avec l’étranger, dans la prison des Plombs, Piombi, sous les combles du palais des doges, s’en échappa-t-il d’une façon aussi spectaculaire qu’il l’a racontée ?  Ma : « Se non è vero è bene trovato »